Qui êtes-vous, sans votre nom, sans votre métier, sans votre histoire? La question donne le vertige. Et si ce vertige était justement le début du chemin?
Notre sens de l'identité, ce fameux « je suis », n'est pas une chose fixe. On a tendance à croire qu'on est quelqu'un, une fois pour toutes. Pourtant, à bien y regarder, on n'a jamais cessé de changer. L'enfant que vous étiez à six ans, l'adolescent de quinze ans, l'adulte de trente ans : est-ce vraiment la même personne? Oui et non.
C'est même un signe de santé que de voir son identité évoluer. Un arbre qui ne fait plus de nouveaux anneaux, c'est un arbre qui a cessé de grandir.
Dans cet article, je veux vous proposer une carte de ce chemin. Une façon de comprendre les grandes mues que traverse notre identité au cours d'une vie : de l'identité sociale à l'identité spirituelle, puis à l'identité énergétique, et jusqu'à ce que j'appelle l'esprit. Et surtout, je veux vous parler de ce qui se passe entre ces étapes. Parce que c'est là que tout se joue : dans les crises, les passages, les petites morts qui nous font renaître.
Une précaution avant de commencer. Une carte n'est pas le territoire. Chacun traverse ces étapes à sa façon, dans son ordre, à son rythme. Plutôt que des catégories de personnes ou des grades, ce sont des saisons que nous traversons tous, et souvent plusieurs fois.
I. Pourquoi l'identité est la vraie question
Qui suis-je? Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous?
On pourrait croire que ce sont des questions de philosophes, bonnes pour les soirées tardives. Je pense au contraire que ce sont les questions les plus concrètes qui soient. Parce que notre réponse, souvent inconsciente, détermine tout le reste : comment on se traite, comment on traite les autres, ce qu'on consomme, ce qu'on bâtit, ce qu'on défend.
On parle beaucoup de changer le monde. De nouvelles lois, de nouvelles technologies, de nouveaux systèmes. Tout ça a sa place. Mais je suis convaincu d'une chose : on ne change pas profondément le monde sans changer qui l'on croit être. Un humain qui se vit comme un consommateur séparé du reste construira, tôt ou tard, un monde de consommation et de séparation. Peu importe la beauté de ses plans.
À chaque étape de notre évolution, notre vision de nous-mêmes change. Et avec elle, notre rapport aux autres et au monde. Notre puissance et notre sagesse augmentent. Nos rôles et nos actions évoluent aussi.
Change, et le monde changera. Loin d'être une formule de développement personnel, c'est la mécanique même de la transformation.
II. La carte des mues
Je vais d'abord tracer les grandes lignes, puis on reviendra sur chaque étape.
L'enfance : le « je » fusionné. Au début, on s'identifie à sa mère, puis à sa famille, à son milieu. L'éducation, les médias, notre entourage définissent en grande partie comment on pense, comment on interprète le monde, comment on agit. L'identité est surtout émotionnelle, calquée sur ce qui nous entoure.
L'adolescence : le « je » qui se distingue. Arrive une première grande crise. « Je suis quelqu'un. Je ne suis pas mes parents. Je ne suis pas ce que la société veut faire de moi. » On commence à se construire ses propres repères, ses goûts, sa personnalité. C'est une étape magnifique et nécessaire. Mais le centre de gravité est encore tourné vers soi.
La maturité : le « je » qui s'ouvre. Quand ce passage se fait bien, la personnalité continue de mûrir. Elle devient plus intégrée, plus ouverte sur le monde, plus généreuse. Le centre n'est plus le nombril : il se déplace vers le cœur. Et le cœur, lui, est toujours relié aux autres.
Puis viennent d'autres mues, plus intérieures. L'ouverture spirituelle, qui nous fait découvrir que nous sommes plus que notre personnage. L'éveil de la sensibilité énergétique, qui nous fait sentir la vie de l'intérieur. Et l'esprit, cette présence plus nue, plus directe, qui nous rend notre propre autorité.
Le grand mouvement de fond, je le résume ainsi : la véritable révolution intérieure, c'est le passage de l'identification à la personnalité éphémère vers l'âme, puis vers l'esprit. Un transfert du centre de gravité de notre « je ». Cette transition est radicale.
Et chaque passage, je le répète, s'accompagne d'une crise. Une crise identitaire. Une petite mort.
Aussi belles soient-elles, les fleurs fanent et meurent… et deviennent fruits.
III. Première couche : l'identité sociale
Un numéro avant un prénom
À peine sorti du ventre de sa mère, on reçoit déjà un numéro. Une série de chiffres estampée sur nous avant même qu'on ait ouvert les yeux pour vrai. Puis viennent la carte d'assurance maladie, le permis de conduire, les bulletins : bon en maths, moins bon en français, tu viens de telle famille, tu devrais aller dans telle direction. Avant d'avoir compris qui l'on est, on a déjà tout un dossier qui explique au monde comment nous reconnaître.
Je comprends que ces structures soient utiles. Quand je vais à la banque, mon expérience de conscience ne remplace malheureusement pas mon numéro d'assurance sociale! Mais il y a quelque chose d'étrange dans la vitesse avec laquelle cette identité de papier devient nous. Peu à peu, les attentes des autres fabriquent une coquille autour de nous.
Cette coquille, c'est une interface. Elle nous permet d'interagir avec le monde. Elle devient un problème le jour où on la confond avec ce qu'on est. Et le jour où elle commence à nous étouffer.
L'anxiété systémique
On connaît tous l'anxiété ponctuelle : une entrevue, une mauvaise nouvelle. Mais quand l'anxiété devient omniprésente, quand elle habite à peu près tout le monde, elle n'est plus un accident. Elle fait partie du système. J'appelle ça de l'anxiété systémique.
Elle naît en bonne partie d'une tension de fond. On est sans cesse invité à jouer des rôles qui ne nous ressemblent pas, alors que quelque chose en nous cherche à pousser autrement. Alors s'installe un petit tribunal permanent. Est-ce que je corresponds? Est-ce qu'ils vont m'accepter? Est-ce que je suis assez comme il faut?
On demande aux gens de performer, de se définir constamment par le regard extérieur. On court après les « j'aime » comme si la valeur que les autres nous donnent devenait plus importante que celle qui émerge de nous. Puis on s'étonne qu'ils soient stressés. C'est quand même un peu fort.
Et ce tribunal intérieur nous coupe justement de ce qui pourrait nous libérer : notre puissance, notre bonté naturelle, notre lucidité naturelle. Ces qualités-là ne poussent pas dans une coquille. Elles émergent d'une identité plus profonde.
Le programme par défaut
Quand j'avais vingt ans, mon programme de fond, c'était le succès social. Je m'imaginais avec une grosse maison, une grosse voiture, une carrière d'ingénieur créatif. Le classique rêve américain.
Notre société roule sur un programme par défaut assez simple : tu es incomplet, et pour te compléter, il faut consommer quelque chose à l'extérieur de toi. Un produit, une relation, un statut, une expérience. C'est un programme très efficace pour faire tourner l'économie. Il l'est beaucoup moins pour rendre les gens heureux. Il fonctionne justement grâce à notre sentiment de vide intérieur.
Le voyage montre qu'il existe d'autres boîtes
J'ai commencé à questionner tout ça assez jeune, notamment en voyageant. Quand on arrive dans un pays où personne ne nous connaît, on découvre une liberté fascinante. Personne n'est là pour nous rappeler qui on était à quinze ans.
En 1999, je suis parti travailler en Écosse. Je me suis trouvé un emploi, une blonde, un appartement, des amis. Je recommençais ma vie. J'étais presque « Mathieu 2.0 ». Puis, avec le temps, j'ai compris que je changeais de manteau, pas de coquille.
Parce que partout, les gens portent des identités. Dans les kibboutz où j'ai séjourné en Israël, des jeunes arrivaient de partout dans le monde, et il suffisait de quelques minutes pour que chacun devienne « le Canadien », « l'Australien », « l'Anglais ». Un petit jeu de projection et de rétroprojection, et hop : une nouvelle personnalité se cristallisait.
Le voyage révèle donc quelque chose de précieux : notre boîte d'origine n'est pas la seule boîte possible. Mais si on se contente de changer de décor, on finit simplement par changer de costume.
Le poussin arc-en-ciel
J'aime l'image de l'œuf. Imaginez un petit poussin arc-en-ciel qui naît dans une famille de poussins gris. Autour de lui, tout le monde s'attend à du gris. On lui tend un manteau gris, on le félicite quand il le porte bien, on s'inquiète quand une plume d'une autre couleur apparaît.
Le poussin peut partir en voyage, rencontrer des jaunes, des oranges, des bleus. Ces rencontres vont l'aider à révéler ses couleurs. Mais son travail ne consiste pas à devenir jaune parce qu'il a croisé des jaunes. Il consiste à découvrir la couleur qui cherchait à émerger de lui depuis le début.
Et il y a un détail que j'aime beaucoup : si on mélange toutes les couleurs ensemble, ça donne… du gris.
Je précise une chose importante. On demande souvent aux gens « d'être eux-mêmes », comme si ça se faisait en claquant des doigts. Mais parfois, quand on gratte sous le manteau, il n'y a pas encore de poussin. Il y a un jaune d'œuf. Un potentiel encore informe, qui a besoin de temps, de nourriture et de force pour briser sa coquille de l'intérieur. Et peut-être que ce qui en sortira ne sera même pas un poussin. Peut-être un aigle.
Jouer le jeu sans devenir le personnage
Je ne propose pas de brûler nos cartes d'identité et de disparaître dans la forêt. Mais comme exercice d'imagination, c'est puissant. Imaginez un instant que vous n'avez plus votre permis, votre passeport, vos diplômes, vos cartes bancaires, votre titre professionnel. Qu'est-ce qu'il reste de vous? Ça donne le vertige. Pourtant, ça libère quelque chose : tous ces attributs servent à fonctionner dans le monde, mais ils ne sont pas notre être.
Je me suis déjà imaginé laisser mon passeport derrière moi et appeler ma mère pour lui dire que je ne revenais pas. Je ne l'ai pas fait. J'ai choisi de revenir, de fonder des entreprises, de bâtir des projets. Et là, j'ai redécouvert l'identité sociale de plein fouet : les banques, les prêts, les responsabilités. Je me disais : « C'est un jeu, je vais jouer. » Mais j'ai senti à quel point ce jeu pouvait m'attraper.
C'est ce que je cherche à vivre avec la Géosophie : être dans le monde, jouer un peu la game, mais avec une autre qualité de présence. Embrasser son identité sociale à partir d'un ancrage intérieur.
IV. Le passage qu'on n'a jamais fini : l'adolescence
Je veux m'arrêter sur l'adolescence, parce que c'est le passage initiatique que tout le monde comprend. Une zone de transformation où la quête d'identité est à son maximum. Le jeune cherche à passer de l'enfance à la vie adulte. De la dépendance à l'autonomie. De l'égoïsme au service. Au fond, il cherche à devenir un humain achevé.
Faute de guidance et de projets qui ont du sens, ce passage peut devenir très douloureux. Un mal-être profond, difficile à nommer. Certains deviennent destructeurs, pour eux-mêmes ou pour leur entourage. D'autres choisissent l'engourdissement : les écrans, les substances, toutes sortes d'évasions.
Ce qui caractérise la conscience adolescente, à mon avis, c'est que tout y tourne autour de ses propres besoins. La réaction plutôt que la création. La rébellion ou la recherche d'exploits. La consommation. Le besoin d'être vu. Et même la spiritualité peut y servir l'ego.
Et voici ce qui me frappe : ce passage peut se vivre à tous les âges. La crise de la quarantaine ou de la cinquantaine n'est-elle pas souvent un soubresaut d'une adolescence jamais complétée? Connaissez-vous beaucoup de gens qui ont vraiment terminé cette transition?
Je ne dis pas ça pour juger. Simplement, plusieurs d'entre nous n'ont jamais eu le soutien nécessaire pour traverser ce passage jusqu'au bout. Même après beaucoup de développement personnel, de thérapies, de voyages, de formations spirituelles, on peut changer très peu sa vision de soi-même. Parce qu'on n'a pas de lieu ni de communauté pour vraiment le vivre au quotidien. Et parfois, parce qu'on fait tout ça encore pour soi, pour son propre profit.
Devenir humain
La clé, c'est de comprendre que l'être humain n'est pas achevé. Comme un nouveau-né qui doit continuer à grandir dans la sécurité de sa famille, l'adulte doit continuer à mûrir dans la sécurité d'une communauté.
J'appelle ce processus l'individuation : devenir in-divis, indivisible, unifié en soi. Il passe par plusieurs maturations.
Physique : subvenir à ses besoins vitaux par soi-même, en lien avec sa communauté.
Émotionnelle : apprendre à s'aimer, c'est-à-dire à puiser sa force de vie à la source, dans la nature, plutôt que de la quémander aux autres. C'est le grand enjeu de notre époque.
Mentale : apprendre à penser par soi-même, de façon critique, créatrice et souveraine.
De la personnalité : rassembler tout ça sous un « je » cohérent. Et la vraie marque de cette maturité, c'est le service volontaire au bien commun, plutôt qu'une quête de gloire personnelle.
Une mise en garde que je trouve essentielle : il est à peu près inutile, et même risqué, de chercher à développer des capacités spirituelles ou psychiques avant d'avoir fait ce chemin. Une personne encore centrée sur elle-même mettra ces capacités au service de son ego.
Une crise d'ado planétaire
Cette perspective m'aide beaucoup à comprendre ce qui se passe dans le monde. La crise planétaire que nous traversons ressemble énormément à une grosse crise d'ado. Une humanité qui a acquis une immense puissance technique, mais pas encore la maturité pour la tenir.
Et c'est une bonne nouvelle, d'une certaine façon. Parce qu'une crise d'adolescence, ça se traverse. Ça mène quelque part. Comme au printemps, après un long hiver, les bourgeons éclosent souvent très vite.
V. Deuxième couche : l'identité spirituelle
L'ouverture
À un moment donné, la coquille sociale devient trop petite. On sent un malaise, quelque chose craque, et on commence à chercher plus loin. On découvre la méditation, le yoga, une tradition, une expérience de transcendance. On touche une dimension de soi qui ne se réduit pas à son emploi, à son histoire, au regard des autres. On fait l'expérience d'une essence, d'une source, d'une lumière.
Quand j'ai commencé à vivre ces expériences, j'ai senti que j'étais beaucoup plus que mon personnage : une conscience, quelque chose de vaste et d'aimant. Tout à coup, mon programme de succès social est devenu fade. Presque absurde.
Cette ouverture n'appartient d'ailleurs pas seulement aux traditions spirituelles. Mettre un enfant au monde, créer une œuvre, vivre une rencontre profonde avec la nature, jardiner : la vie a bien des façons de nous faire sortir de notre petite personnalité habituelle.
C'est une étape essentielle. Mais elle cache un piège.
L'ego spirituel
Après avoir touché quelque chose de vaste, on a souvent besoin de redevenir quelqu'un. Notre mental cherche encore à s'identifier, notre émotionnel cherche encore à être rassuré. Alors on se fabrique un ego spirituel.
On devient un croyant, un dévot, un méditant, un professeur, un érudit. On appartient à une tradition, à un groupe, à un vocabulaire. On se recrée une autre bulle, juste un peu plus blanche, un peu plus vaste, un peu plus cosmique… et un peu plus flyée. Mais on est encore dedans.
On peut même polir cette nouvelle coquille jusqu'à ce qu'elle brille comme un cristal. On apprend les codes, les bons mots en sanskrit ou en tibétain, les bonnes postures. Les gens projettent leur lumière sur nous, on la leur renvoie, et on a l'air très lumineux. Mais une surface qui réfléchit la lumière, ce n'est pas encore une source de lumière. On peut maîtriser tout le langage d'une tradition et rester incapable d'être sensible, vulnérable, réellement présent.
C'est d'ailleurs ce qui rend l'expérience spirituelle si paradoxale. Sa puissance est rarement intégrée d'un coup. Plus elle est forte, plus elle risque de galvaniser l'ego spirituel, une identité qui s'emballe et finit par se déphaser de la réalité.
Les traditions sont vivantes
Les traditions m'ont énormément donné. Elles portent de véritables technologies de transformation. Mais je les vois aussi comme des êtres vivants, qui traversent des centaines, voire des milliers d'années. Et comme tout être vivant, une tradition cherche à se perpétuer. Pour ça, elle a besoin de dévots, de disciples, d'enseignants.
Quand on y entre sans en être conscient, elle nous investit. On se sent porté, inspiré, accéléré. C'est grisant. Puis, tranquillement, on se met à appartenir davantage à la tradition qu'à soi-même.
Mon côté scientifique voulait comprendre la « technologie d'éveil » de chaque tradition, puis passer à la suivante. J'ai sauté d'un tapis roulant à l'autre. Et pourtant, je me découvre encore habité, de l'intérieur, par de vieilles formes que je croyais avoir laissées derrière. Nos identités s'emboîtent comme des poupées russes : chaque fois qu'on en ouvre une, il y en a une autre dedans.
Donner son pouvoir
Il y a aussi une question de pouvoir qu'on ne peut pas balayer sous le tapis. Tout système à qui l'on donne son pouvoir, qu'il soit religieux, politique, familial ou amoureux, met la table pour qu'un jour on se sente trahi. Pas toujours de façon spectaculaire. Parfois, c'est simplement l'habitude de chercher ailleurs la permission de sentir ce qui est juste pour soi.
Je m'applique cette question à moi-même. Dans les premières années de la Géosophie, j'étais naïf. Comme je croyais profondément à ce que je proposais, une petite tradition s'est formée autour de moi sans que je m'en rende vraiment compte. Je pouvais dire sincèrement à quelqu'un « reviens à toi, trouve ton propre pouvoir » tout en devenant, malgré moi, la référence à laquelle il cherchait à se conformer. C'est en partie pour ça que je tiens tant à la souveraineté aujourd'hui. Et que je dis : pas de maître, pas de gourou. On se rapporte au cercle. Je me vois plutôt comme un ami sur le chemin.
Reprendre sa souveraineté, c'est ce qui fait craquer l'œuf pour vrai. Ça peut ressembler, pendant un temps, à de la solitude. On n'a plus le maître, le groupe ou le rôle pour nous dire qui on est. On doit apprendre à porter son propre voltage. Et pour se libérer de l'identité spirituelle, qui est elle aussi une quête de reconnaissance, il faut à un moment donné arrêter de faire le spirituel.
VI. Troisième couche : l'identité énergétique
Sentir la vie de l'intérieur
Il existe une autre façon de se reconnaître. Ni par notre rôle social, ni par nos croyances spirituelles. Par la sensation directe de la vie qui circule en nous.
J'appelle ça l'identité énergétique. Le mot peut sembler chargé de toutes sortes d'idées New Age. Mais je parle d'abord de quelque chose de très concret.
Prenez la conscience corporelle. Vous pouvez porter attention à votre oreille, à votre gros orteil qui se dépose au sol, à votre dos qui s'allonge. Puis, au lieu de simplement les remarquer, vous pouvez les habiter. La conscience énergétique, c'est la même chose, un cran plus subtil : sentir comment la vie circule en soi. Une intensité, une contraction, une ouverture, un fluide.
Les traditions lui ont donné plein de noms : le chi, le prana, le mana. La médecine chinoise et l'ayurvéda en ont dressé des cartes très précises. Moi, j'aime l'appeler simplement la force de vie : ce fluide un peu magique qui anime toute chose.
Découvrir cette sensibilité est déjà précieux. Mais découvrir qu'elle peut devenir un nouveau point d'ancrage, le lieu même de notre identité, c'est complètement révolutionnaire. Nous sommes, comme individus et comme humanité, à l'aube de cette conscience-là.
Tous les chemins y mènent
Mon chemin vers cette perception a d'abord passé par la tête. J'étudiais en électronique, j'avais une tête scientifique et très philosophique. En 2000, en Inde, j'ai suivi une formation de yoga avec un professeur qui était lui-même ingénieur en électronique. Il expliquait le yoga avec des notions de fréquences, de résonance, de circuits. J'ai tout de suite fait le lien : si mon corps est le hardware, quel est le software? Nommer ce domaine, en lire les cartes, a comme préparé mon mental à recevoir l'expérience.
Je vais être franc aussi : au départ, les psychédéliques ont joué un rôle dans mon parcours. Ils m'ont projeté dans une perception que je ne savais pas reconnaître. Mais au début, j'étais quelque part entre la recherche intérieure et la fuite d'un malaise. Une expérience s'achève, et la vraie question, c'est ce qu'on en fait ensuite. Ce sont le yoga, le qi gong et la méditation qui m'ont permis de me stabiliser. J'ai laissé ces substances derrière moi il y a longtemps, parce que mon corps s'ouvrait par lui-même.
D'autres arrivent à cette conscience par l'émotion et la dévotion, par l'ouverture du cœur. D'autres par le corps, la respiration, le mouvement. J'en suis venu à cette conclusion : tous les chemins, à force d'évoluer, mènent à la conscience énergétique.
La qualité plutôt que la forme
Voilà le cœur de cette étape : au lieu d'observer la forme, ressentir la qualité des choses. Leur vibration, leur densité.
Prenons une conversation. Quelqu'un vous raconte une histoire chargée d'émotions. Vous pouvez écouter les mots : ça, c'est la forme. Mais vous pouvez aussi sentir la qualité de ce qui se passe. Est-ce que la personne est contractée, ou ouverte? Est-ce qu'elle cherche à vous entraîner quelque part, ou est-ce qu'elle s'offre à une vraie rencontre? Et vous, est-ce que vous vous contractez en l'écoutant?
Je ne parle pas d'un pouvoir magique qui permettrait de lire les gens sans jamais se tromper. Je parle d'une sensibilité qu'on a souvent appris à ignorer, alors qu'elle participe déjà à notre façon de comprendre une situation. Et quand la forme et la qualité coïncident, quand ce qu'on vit à l'intérieur est transparent avec ce qu'on fait à l'extérieur, c'est ce que j'appelle la cohérence.
Sortir du coussin
Sentir l'énergie, c'est un début. Si je la sens pendant ma méditation, mais que je la perds dès que je prépare le souper ou que je parle à quelqu'un, il manque quelque chose. L'enjeu, c'est de la faire passer dans l'action. Chacun aura sa façon. Pour moi, c'est beaucoup la cuisine, la relation, le toucher.
Le prix de la sensibilité
Cette ouverture a un prix. Plus on devient sensible, plus certaines choses deviennent difficiles à supporter : le bruit constant, les rapports de domination, les lieux construits sans égard à ce qu'on y ressent, les conversations où personne n'est vraiment là.
J'ai l'impression que beaucoup d'enfants connaissent naturellement cette perception. Ils sentent les atmosphères, un peu comme un chat. Puis on leur apprend à voir le monde à travers les lunettes des parents, de l'école, de la société. Petit à petit, ils se coupent d'une sensation qui leur apporte trop d'information pour un monde qui n'est pas fait pour l'accueillir. Certains continuent quand même à sentir intensément, sans avoir les mots ni le soutien pour vivre avec ça. Pas étonnant qu'on cherche parfois à s'anesthésier. Ou, au contraire, à fuir vers une spiritualité très éthérée, qui nous éloigne encore plus du corps. C'est confortable, mais on ne sent plus ce qui se passe ici, dans notre propre chair.
L'enjeu, c'est de revenir ici, dans cette vie, avec ce qu'on sent. Et d'apprendre à rester avec sa sensibilité sans se perdre dedans.
Un homme de Wall Street au Guatemala
J'ai passé deux mois dans un camp de permaculture au Guatemala, avec du tai-chi matin et soir. J'y ai rencontré un homme qui arrivait tout droit de Wall Street, en pleine révolution intérieure. Dans cet état-là, son cellulaire et son café n'avaient plus de sens : il était déjà chargé à bloc, de l'intérieur.
Ce qui m'a frappé, c'est la suite. Il n'a pas tout lâché pour aller vivre dans le bois. Il est retourné à New York faire autre chose, à partir d'un autre niveau. Il ne se rebellait pas : il cherchait du sens.
Je ne crois pas qu'on transformera nos façons de vivre en dessinant seulement de meilleurs systèmes dans notre tête. Si notre sensibilité change réellement, nos choix changent avec elle : notre rythme de travail, notre façon de créer une entreprise, de cultiver, de collaborer, de prendre soin d'un lieu. Une révolution tranquille. Mais pas une révolution molle.
VII. Quatrième couche : l'esprit
Une vibration, pas un concept
Et puis il y a une autre étape encore. Qu'est-ce qui arrive quand on laisse cette vibration nous traverser pour vrai, jusque dans nos décisions, nos relations, notre parole? C'est dans ce sens-là que je parle de l'esprit.
Je sais que le mot ouvre la porte à toutes sortes de théories. On peut lire sur le supramental de Sri Aurobindo, sur l'intelligence pure de Bernard de Montréal, apprendre un nouveau lexique, accumuler des explications fascinantes. Ces auteurs m'ont beaucoup nourri. Mais je crois qu'ils ont adressé leur message à une humanité qui n'habitait pas encore vraiment son corps. Lu depuis la tête, ce message reste dans une bulle. On se construit une nouvelle coquille, avec un vocabulaire encore plus impressionnant.
Ce qui compte, ce n'est pas d'entendre les mots. C'est de sentir de quoi on parle. L'esprit, pour moi, est une réalité vibratoire qu'on éprouve dans le corps. Et toutes les pratiques de la Géosophie ont ce but : ramener la personne dans sa propre vibration, dans son autorité, dans sa souveraineté.
Au-delà du plafond de lumière
On peut vivre des expériences spirituelles magnifiques, se sentir baigné de lumière, explorer toutes sortes de plans subtils. Je ne nie pas ces expériences. Mais la lumière peut devenir un plafond : un endroit si satisfaisant qu'on n'ose plus aller plus loin.
Ce que je commence à entrevoir de l'autre côté est plus dépouillé. Je n'en suis pas revenu : j'y entre à peine. Fini la douce lumière blanche : c'est plus cru. Plus froid, parfois. Plus radical. Mais c'est vrai, et c'est intelligent. Moins de mise en scène, moins de vérités auxquelles s'accrocher. Une présence dans laquelle personne ne nous demande d'être dans un état spirituel. C'est la vie, c'est les gens, c'est le vivre.
Même le leadership change de nature. Je ne joue plus un rôle : une force se joue à travers moi.
Trois façons de choisir
J'ai remarqué que nos motivations changent de nature selon l'identité qui nous habite.
Quand on vit à partir de notre personnalité, nos justifications sont dans notre tête : elles sont mentales. On choisit parce qu'on a un bon argument.
Quand on entre dans une identité spirituelle, elles deviennent plus émotionnelles, teintées de dévotion, d'attachement. On choisit parce qu'on est ému, inspiré, porté.
Quand on entre dans la conscience énergétique et l'esprit, elles deviennent vibratoires. On choisit parce que ça sonne juste. On passe de la réflexion à un état intérieur. Je le sens, je l'assume, je fais le pas.
L'autorité n'a pas d'âge
Cette autorité intérieure peut déranger les hiérarchies habituelles. On suppose facilement que la personne la plus âgée, la plus diplômée ou la mieux placée sait mieux. Pourtant, un enfant peut sentir très clairement qu'une situation est fausse pour lui, même s'il n'a pas encore les mots pour l'expliquer.
Ça ne veut pas dire que toute sensation est infaillible. Ça veut dire qu'elle mérite d'être entendue. Et quand un enfant réagit avec colère ou tristesse, on peut chercher, derrière l'émotion, l'élan vital qui n'a pas été accueilli.
VIII. Le transfert identitaire
Déplacer le centre de gravité
Je veux maintenant nommer ce qui relie toutes ces étapes. Je l'appelle le transfert identitaire.
Le transfert identitaire, c'est le déplacement du centre de gravité de notre « je ». De la coquille sociale vers la personnalité mûre. De la personnalité vers le cœur et l'âme. De l'âme vers la sensation directe de la vie. Et de là, vers l'esprit.
On pourrait le dire autrement : on passe d'une identité qui se définit par l'extérieur à une identité qui émane de l'intérieur. D'un « je » qui demande au monde qui il est, à un « je » qui se sent vivre et qui offre au monde ce qui pousse en lui.
Inclure, pas rejeter
Une chose me semble essentielle. Le transfert identitaire n'est pas un rejet des étapes précédentes.
Pensez aux anneaux de croissance d'un arbre. Chaque année, l'arbre ajoute un anneau. Mais il ne détruit pas les anneaux précédents : ils deviennent son cœur, sa solidité. De la même façon, on ne jette pas son identité sociale en entrant dans le spirituel. On ne rejette pas ses traditions en découvrant la conscience énergétique. Chaque couche reste, mais elle n'est plus au centre. On peut aller à la banque avec son numéro d'assurance sociale, méditer avec les outils d'une tradition, et rester ancré dans quelque chose de plus profond que tout ça.
C'est ce que j'entends quand je dis : jouer le jeu sans devenir le personnage.
De consommateur à générateur
Ce transfert a une conséquence très concrète. Il nous fait passer de consommateur à générateur.
Le consommateur consume l'énergie de son environnement. Aliments, émotions, reconnaissance, attention, énergie des autres : il n'en a jamais assez, parce qu'il vit dans le manque. Et ce manque vient justement d'une identité qui cherche à l'extérieur ce qu'elle ne trouve pas en elle.
Le générateur puise à sa source intérieure, puis il offre. De l'amour, du service, de l'inspiration, des projets qui servent le bien commun. Il ne manque pas, parce qu'il est relié.
Nous portons les deux en nous. Mais chaque transfert identitaire nous rapproche un peu plus du générateur.
De moi à nous
Et voici peut-être le plus beau. Plus le « je » s'approfondit, plus il s'ouvre. L'énergie de l'âme, étant amour, est fondamentalement collective. Quand on se relie vraiment à sa source, on n'a plus envie de penser seulement à son avantage personnel. On a envie de contribuer.
C'est là que l'adolescence est enfin terminée. On ne devient pas moins soi-même. On devient soi-même avec les autres. Souverains, ensemble.
IX. Comment traverser une mue
Les crises arrivent dans le quotidien
Ces passages ne surgissent pas dans l'absolu. Ils arrivent dans le très concret : un retour de voyage, une rupture, un déménagement, une perte d'emploi, un nouveau travail, un deuil, une maladie, une catastrophe. Chaque fois, tout change à l'extérieur, et on sent qu'il faudrait aussi bouger à l'intérieur.
Si on change seulement le décor, on rejoue la même histoire dans une autre pièce. On répète les mêmes erreurs, on recrée les mêmes relations, les mêmes sociétés. Et le choc suivant, souvent, est plus fort.
Une évolution identitaire peut être lente et progressive. Elle peut aussi être rapide, précipitée par un choc. Dans les deux cas, on est appelé à revoir sa notion de soi et sa place dans ce monde.
C'est normal si ça vous arrive
Ce dépouillement n'a rien de romantique quand on est en plein dedans. On perd ses repères, on a peur, on ne sait plus ce qu'on veut. Je ne veux pas réduire toute souffrance à une « initiation ». Quand on va mal, le soutien compte, y compris l'aide professionnelle et les soins dont on a besoin. Mais je crois aussi qu'il existe des moments où le malaise nous demande d'écouter une vérité que notre ancienne identité ne pouvait plus contenir.
Alors je veux le dire simplement : c'est normal si ça vous arrive. C'est comme la chenille qui entre dans son cocon. Elle laisse une vie derrière elle, et elle ne sait pas encore qu'elle aura des ailes. Et dans le cocon, la chenille ne se transforme pas en papillon par petites retouches : elle se défait presque entièrement avant de se recomposer. Ça explique peut-être pourquoi certains passages nous donnent l'impression de fondre.
Revenir au corps
Dans le cocon, on peut ralentir et revenir au corps. Qu'est-ce qui se contracte quand j'imagine retourner dans cette situation? Qu'est-ce qui respire quand j'envisage une autre direction? Ça ne règle pas une vie en cinq minutes. Mais ça redonne un point d'appui quand nos anciennes réponses ne fonctionnent plus.
Suivre la piste de nos émotions et de nos ruminations peut aussi nous aider. Elles sont comme des fils qui mènent à nos conditionnements de fond. Il y a souvent de l'information coincée dans nos contractions. Ce qui nous serre porte aussi ce qu'on a besoin de comprendre.
Parler pour entendre ce qui est vrai
On pense souvent qu'on parle pour expliquer ou pour convaincre. Pourtant, il m'arrive de comprendre ce que je vis seulement en le disant. J'ai une émotion, une confusion, quelque chose qui tourne en rond. J'ai besoin d'un ami qui m'écoute sans se précipiter pour me conseiller. Je commence à parler, je cherche mes mots, je me trompe. Puis tout à coup, une phrase sort de ma bouche et je sens : « Ah. Ça, c'est juste. » Je me démêle en parlant.
La parole devient alors un instrument de perception. On entend sa tonalité, sa texture. On sent dans le corps ce qui sonne creux et ce qui prend vie. Pas besoin d'attendre d'avoir la phrase parfaite. Le test, c'est de parler, même maladroitement.
Ça demande aussi de faire de la place. On est très bons pour remplir le silence avec du small talk, des préambules, des justifications. À force d'emballer ce qu'on veut dire, l'information vivante se perd dans le papier cadeau.
Puis agir
Quand on sent ce qui est juste, on s'aperçoit parfois que certains amis, certains emplois, certains lieux ne nous correspondent plus. C'est là que ça demande de l'action. Dire non. Quitter une forme qui ne tient plus. Faire un pas dont on ne connaît pas encore la suite.
Et on le fait avec amour et engagement envers la vie, pas contre les gens. Plutôt qu'une révolte, c'est une responsabilité envers la vie qu'on sent en soi.
Ne pas traverser seul
Notre entourage peut être une immense limite à cette transition, parce que nos proches ne souhaitent pas toujours qu'on devienne si étranger. Après certains voyages et certaines expériences intérieures, mes parents ne me reconnaissaient plus. Mes amis avaient peur que je devienne fou.
Notre entourage peut aussi être un tremplin, quand on est entouré de gens qui comprennent ce qu'on traverse. Sans ce soutien, on se sent seul, isolé, marginal. Soit on continue le chemin en mystique isolé. Soit on abandonne, et on se re-conforme, avec un arrière-goût amer.
Autrefois, la tribu, la famille, la communauté servaient d'utérus pour ces grands passages. Il y avait des rites, des anciens, des symboles pour accompagner la naissance, l'entrée dans l'âge adulte, le deuil. Nous avons perdu une bonne partie de ces structures. Et le moment est venu de les recréer, à notre mesure. Parce que nous en avons tous besoin.
Seul, pas certain. Ensemble, évidemment!
X. L'éveil n'est pas la fin, c'est le début
Beaucoup de gens pensent que l'ouverture du cœur est l'aboutissement. Pour moi, c'est plutôt le début du travail.
L'éveil, c'est quand la lumière commence à descendre dans le corps et à transformer, tranquillement, ce qui y était figé. Et plus on fait entrer de lumière dans une pièce, plus on voit la poussière. Les vieilles tristesses, les vieilles colères remontent. Loin d'être un recul, c'est le ménage qui se fait. On peut accepter que ça résiste, sans se battre, et continuer d'avancer.
Il y a aussi une mise en garde importante. C'est assez facile, avec de bonnes techniques, de provoquer quelques éclairs d'illumination. Mais les expériences fortes impressionnent la personnalité et peuvent gonfler l'ego spirituel. La performance spirituelle est peut-être le plus grand obstacle à l'intégration. Une ouverture n'est pas encore une intégration.
Ce processus est naturel et progressif. Un bourgeon n'éclot pas plus vite parce qu'on tire dessus.
XI. Tourner le bouton de la radio
J'aime imaginer notre attention comme une vieille radio. Pendant longtemps, on écoute surtout les postes extérieurs : ce que la société attend, ce que notre tradition enseigne, ce que nos peurs répètent. Un peu comme quelqu'un qui regarde la télévision dans sa cellule, convaincu que c'est ça, le monde.
Puis on découvre qu'on peut tourner le bouton. Revenir au corps, au silence, à cette vibration plus intime de la vie. Se syntoniser. Ça ne nous coupe pas du monde. C'est même à partir de là qu'on peut y participer plus librement. On n'est plus seulement en train de réagir aux voix qui parlent le plus fort. On commence à entendre la nôtre.
On dirait parfois qu'on a fait tout un détour dans l'histoire de l'humanité pour revenir à quelque chose de très simple. La vie qu'on cherchait dans un rôle, un maître, une croyance ou un futur idéal était déjà là.
XII. Une transition collective
Nous sommes, comme individus, comme sociétés et comme humanité, invités à vivre une profonde transition identitaire. Et de toute évidence, nous ne pouvons plus revenir en arrière.
Qu'est-ce qui nous attend? Je n'ai pas de carte précise de l'avenir. Mais le passage vers le nouveau passe par une remise en question de qui nous croyons être. N'est-ce pas là la question la plus profonde qu'on puisse se poser?
La nouvelle conscience qui émerge ne peut plus être portée par les anciennes structures. Elle finira par les faire craquer, comme une racine qui soulève un trottoir. Notre travail n'est pas de forcer ce mouvement. Il est de lui faire de la place, en nous et entre nous.
Le printemps viendra, qu'on le veuille ou non. Notre seule liberté, mais elle est immense, c'est de choisir si l'on fleurit avec lui.
Alors je vous laisse avec une question, que je me pose aussi : dans votre vie, aujourd'hui, quelle coquille commence à devenir trop petite?