L'humanité rêve depuis toujours de héros, de demi-dieux, de super-pouvoirs. Et si ce rêve n'était pas une fantaisie, mais l'intuition d'un potentiel bien réel… qui ne passe pas par l'extérieur?
Regardez le cinéma des dernières décennies. Les Jedi de Star Wars, les super-héros, Harry Potter, Néo dans La Matrice, Docteur Strange. Partout, on nous montre des versions augmentées de l'être humain.
Ce rêve est très ancien. Les mythes, les religions, les philosophies l'ont tous porté à leur façon. Nietzsche parlait du surhomme, l'humain qui se dépasse et crée ses propres valeurs. Sri Aurobindo parlait d'une évolution de la conscience qui transformerait l'humain jusque dans son corps.
Mais il y a un détail qui me frappe dans nos films. Les pouvoirs des héros sont presque toujours innés, octroyés, induits par un accident ou appris dans un grimoire. Ce sont des pouvoirs extérieurs. On voit très rarement un héros dont les capacités apparaissent grâce à une révolution intérieure : une ouverture du cœur, une maturation, une sagesse qui grandit. La révolution de conscience n'est pas encore rendue au cinéma!
Deux chemins d'évolution
Le transhumanisme, l'intelligence artificielle, le rêve de transférer notre mémoire dans une machine… tout ça exprime le même désir profond : devenir plus vaste, plus puissant, plus complet.
Je ne suis pas contre la technologie. Elle fait partie de l'élan de la vie, elle aussi. Mais je remarque qu'elle propose une évolution par l'extérieur. Elle augmente nos capacités, pas notre maturité. Elle ne nous rend pas plus aimants, plus sages ou plus maîtres de nos réactions.
Il y a donc deux grandes directions possibles : l'évolution par la technologie extérieure, et l'évolution par la croissance intérieure et la reconnexion à la vie. Et bien sûr, une infinité de nuances entre les deux. La Géosophie propose surtout la deuxième voie. Pas contre la première, mais pour qu'elle soit tenue par des mains assez mûres.
L'évolution naturelle
La direction que je propose est simple : s'allier aux forces de la nature. Simple, mais radicale. Parce que ces forces d'évolution sont très puissantes. Il reste surtout à s'y abandonner.
La nature pousse. La vie croît. Les formes changent, meurent et renaissent pour évoluer. Elles se raffinent inlassablement pour pouvoir porter toujours plus de conscience. Cette force de croissance fait évoluer les fleurs, les galaxies… et les humains.
À quoi ressemble cette évolution intérieure? Je la vois passer, entre autres, par :
l'ouverture du cœur vers un amour plus inconditionnel;
la libération de l'emprise du conditionnement social;
l'intégration de notre ombre, cette part de nous qu'on préfère ne pas voir;
la maturation de notre corps, de nos émotions et de notre pensée;
l'éveil de notre sensibilité à la force de vie, en nous et autour de nous;
la mise au service joyeuse et désintéressée de notre personnalité;
et, peu à peu, une présence de plus en plus incarnée, jusque dans le corps.
Tout ça demande un peu de discipline. Mais surtout beaucoup d'abandon, de transparence et d'humilité.
S'abandonner sans pousser
J'insiste là-dessus : ce processus est naturel et progressif. Inutile, et même nuisible, de pousser trop fort pour obtenir des résultats rapides.
C'est assez facile, avec de bonnes techniques, de provoquer quelques éclairs d'illumination. Mais les expériences fortes impressionnent la personnalité. Elles peuvent même gonfler ce que j'appelle l'ego spirituel. La performance spirituelle est peut-être le plus grand obstacle à l'intégration de l'éveil.
Ces expériences ont quand même leur valeur. Elles ouvrent un chemin, donnent un aperçu du potentiel, clarifient la direction. Chacune est un pas important. Mais jamais la destination.
Ce qui m'intéresse, c'est l'intégration. Une transformation sobre, mais puissante, mise au service du bien commun. Un chemin d'ouverture constante, dans un art de vivre, avec humilité.
Le grand virage
Je sens que plusieurs d'entre nous commencent à ressentir une poussée intérieure. Comme une sève qui monte. Inutile d'y résister : une bonne part de notre souffrance vient justement de cette résistance. Un participant me disait un jour, en riant : « Plus vite on s'y abandonne, plus vite on s'amuse! » Il avait bien raison.
Et ce virage, je le résume en une phrase : passer de consommateur à générateur.
Le consommateur consomme et consume l'énergie de son environnement. Il brûle de la matière pour avoir de l'énergie. Il consomme des aliments, des émotions, des pensées, de la reconnaissance, l'énergie de ses relations. Il n'en a jamais assez, parce qu'il vit dans un manque constant. Un consommateur finira par dévorer la planète.
Le générateur crée de l'énergie dans le monde. Il puise sa force et sa sagesse à sa source intérieure, puis il la fait descendre dans la vie concrète. Il offre de l'amour, du service, de l'inspiration. Il met au monde des projets qui servent le bien commun. Il ne manque pas, parce qu'il est relié. Un générateur régénère la planète.
Je ne parle pas de deux catégories de personnes. Nous portons tous les deux en nous. Mais chaque jour, nous pouvons choisir lequel nourrir.
Personne ne peut empêcher l'aube
Ce changement dans la conscience humaine me semble naturel et nécessaire. On le voit poindre partout, chez des gens de tous les âges et de toutes les cultures.
Alors l'invitation est relancée : devenir générateur. Devenir qui l'on est vraiment. Avec joie et simplicité, plutôt qu'avec effort et rigidité.
Ce changement, on ne peut pas l'arrêter. Personne ne peut empêcher l'aube d'arriver, ni empêcher les fleurs d'éclore.